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Livre d'or
Chapitre I

 

VALLEIRY

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Chapitre I

Ses Origines

selon certaines probabilités

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Le premier point à élucider, dans une monographie, a trait aux origines, à la vie antique de ce coin de terre qui est beaucoup pour ses habitants, bien que, pour tout le monde, il soit fondu vaguement dans l’ensemble.

Un travail d’investigation minutieuse s’impose donc. Mais ce travail ne produit pas toujours le résultat que l’on désire. La nuit a pu s’étendre profonde - et, alors, l’on en est réduit à des hypothèses, à des suppositions...

Si, par hasard ou plutôt par bonheur, ce pays fut cultivé, habité par des colons capables de coucher sur un morceau de parchemin quelque réminiscence du vieux temps, en ce cas, le jour se fait : il n’y a pas lieu à récriminer.

C’est ainsi que, à une dizaine de kilomètres de Bellegarde, Chézery tire certainement son nom du passage de Jules-César (101-44 avant N.-S.) C’est la Vallis Caesarea dont parle une charte du XIIe siècle, rédigée par un moine d’une petite abbaye cistercienne, située en ce lieu, sur les bords de la Valserine. Là, nous ne pouvons pas émettre de doute. Telle est la conclusion d’une brochure de l’écrivain genevois, Jules Vuy, éditée en 1868. Preuve - soit dit en passant ! - de la grande utilité des moines et des monastères pour la transmission de l’histoire du passé.

De semblables documents font défaut au sujet de Valleiry. Il n’y eut jamais, sur son territoire, de Religieux défricheurs qui, aux jours de pluie, d’orage, de neige, se soient mis à tailler une plume d’oie ou de coq pour, avec du noir animal, mouillé de vinaigre, faisant fonction d’encre, noircir quelque peau tannée, préalablement, à l’écorce de chêne... C’est dire que, souvent, le long de ces pages, il faudra nous contenter de probabilités au sujet de Valleiry.

Mais l’histoire générale ancienne de notre contrée versera un peu de lumière sur le passé. Comme tout explorateur avisé, nous irons du connu à l’inconnu. C’est une méthode que l’on peut dire universelle. Elle s’applique dans les sciences exactes. Pourquoi ne garderait-elle pas sa valeur et son utilité en histoire ?

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La contrée que nous habitons faisait partie de l’antique Allobrogie - l’une des 110 tribus de la Gaule - dont le territoire comprenait treize villes. Au sud-est, Vienne était la capitale de ce territoire, devenue sous Jules-César Colonia Julia Viennensis. Au nord-est, il y avait Genève dont le nom a peu varié au cours des siècles.

C’était notre centre, notre chef-lieu. Fondée l’an 1300 ou même 2000 ans avant Notre-Seigneur, elle n’aurait, tout d’abord, occupé qu’un modeste espace vital, dans l’île qui coupe le Rhône. Incendiée, elle fut rebâtie, puis si bien embellie par l’empereur romain Aurélien (275-270 avant N.-S.), qu’on l’appela, quelque temps, Aureliana, c’est à dire la cité d’Aurélien. Mais n’anticipons pas !

Selon le Dr Gosse, au début, les habitants de Genève avaient leurs demeures sur pilotis. Du reste, le géographe Strabon dit que les habitations lacustres ne furent complètement abandonnées que vers l’an 10 avant N.-S.

La race autochtone allobrogique était aryenne, de type caucasique, de variété celtique, caractérisée, surtout dans les montagnes, par la petitesse de la tête, dit G. Montillet dans un ouvrage publié en 1854.

Les Allobroges n’étaient inférieurs à aucune peuplade de la Gaule. Ils avaient du goût pour les lettres, un peu moins pour le travail manuel et beaucoup pour les armes. On les voit prendre part au sac de Rome, l’an 389, et à une expédition des Gaulois, en Grèce, l’an 278 avant N.-S.

L’esprit le plus vif d’indépendance formait le fond de leur caractère auquel il se mêlait parfois un peu de fourberie.

Ne les faisait pas marcher qui le voulait. C’est ainsi que fleurant peut-être la débâcle... ils refusèrent de prêter renfort à Vercingétorix.

Avant le christianisme, ils ne surent pas - comme le dit l’apôtre Saint Paul - s’élever de la créature au Créateur, de l’œuvre à l’Artiste, de l’effet à la Cause. Ils sont adorateurs du soleil dont l’action bienfaisante, commandée par Dieu, fait verdir les prairies, empourpre les cerises, jaunit les guérets et dore les grappes des coteaux. Ils ne voyaient pas plus loin.

Ils avaient également un culte pour l’astre des nuits et pour le Dieu Wodan, maître des orages et des tempêtes qui, dans leur imagination, retenait ou déchaînait les avalanches au flanc des montagnes... Ce paganisme était autrement plus noble, plus éthéré que celui des Romains qui avaient divinisé tous les vices, sans exception.

L’esclavage paraît avoir été inconnu en Allobrogie, tandis que c’était à Rome et à Athènes une affreuse plaie sociale.

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Côte à côte avec le type allobrogique, vivait dans la région genevoise, mais en petite proportion, le type germanique - tête plus forte - venue de l’Allemagne du nord.

Et puisque nous touchons à ce sujet, signalons aussi, arrivée vers le Xe siècle, la variété arabique - cheveux noirs, nez aquilin. Les Arabes abordèrent à Saint-Tropez, dans le Var, vers 936. Ils remontèrent le Rhône jusqu’au Mont-Jou, aujourd’hui le Grand-Saint-Bernard. C’était l’époque à laquelle le couvent de Sainte-Victoire était détruit, au Vuache. La Sainte faisait miraculeusement le saut du Rhône pour aller chercher un refuge auprès de sa sœur, sainte Léa.

Il est resté, depuis ce temps, des types et des noms de Sarrasins dans notre région. Il y a aussi “ les puits des Sarrasins ” à Desingy.

Ce sont, m’écrivait à la date du 20 juillet 1989, M. le Chanoine Lavorel, Curé de cette paroisse, deux excavations profondes dont l’une a plutôt la forme d’une grotte, situées sur le parcours d’un petit torrent, dans un bois très en pente. Pourquoi ces excavations sont-elles appelées “ puits des Sarrasins ” ? Personne ne sait le dire. Auraient-elles été creusées par les Sarrasins ? C’est peu probable. Elles paraissent plutôt avoir été creusées par l’eau. Y a-t-on fait disparaître des Sarrasins ? Ce serait plus vraisemblable, étant donné l’endroit sauvage. ” Il est possible qu’il y ait eu, de la part des fiers Allobroges, une réaction de ce genre contre le flot envahisseur. Une colonne ou quelques unités de moricauds ont pu se laisser prendre à un guet-apens... Des fouilles sérieusement faites - mais comment les pratiquer ? - pourraient faire sortir du fond de ces “ puits ” un peu de lumière.

A ce propos, qu’il soit permis de montrer, en quelques mots, l’erreur profonde de la théorie du racisme. Si, dès ces temps lointains, il y eut chez nous, un amalgame de races : autochtone, germanique, romaine et, plus tard, arabe, cet amalgame existe forcément davantage, de nos jours, un peu partout, grâce à la facilité des relations et à la compénétration de tous les types.

A la mort de Noé, le racisme était, sans doute, un fait et une vérité. Lorsque les diverses nations se constituèrent indépendantes, c’était encore un fait admissible, contrôlable. Après 2.000 ans et plus, c’est une erreur grossière, un anachronisme absurde, tant les mélanges furent nombreux, variés, au cours des siècles.

Erreur au point de vue ethnologique, la théorie du racisme est dépourvue de toute psychologie. Se croire parfait, ce n’est point du tout l’être. Tel qui, la loupe à l’œil, voit très bien les défauts de son voisin, n’aurait qu’à se regarder dans une glace ou essayer d’un examen de conscience, même superficiel, pour se découvrir avec une grosse verrue sur le nez ou un coup de poing américain dans la poche de son veston.

Toute race qui a du bon, du moins bon et du mauvais est sujette à des misères sans nombre. Il ne faut pas que l’une quelconque d’entre elles “ ait la prétention de se présenter comme prédestinée, supérieure à toutes les autres et capable de les asservir ”, disait Edouard Daladier dans un discours de fin mai 1939. La vérité, c’est qu’une race peut être amendée par une autre. En tout état de cause, les différentes races ne doivent pas se combattre, mais collaborer à la recherche du mieux.

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C’est à l’occasion du passage d’Annibal dans notre pays que le nom d’Allobrogie paraît, pour la première fois, dans l’histoire.

L’an 218 avant Notre-Seigneur, le grand chef carthaginois qui avait débarqué sur la côte d’Espagne, traversa les Pyrénées, pour prendre ensuite la grande voie fluviale du Rhône. Il en remonta le cours pendant huit jours et, passant sur la rive gauche de ce fleuve au point de son confluent avec l’Isère, il poursuivit son trajet vers les Alpes.

Les Allobroges, guerriers dans l’âme - nous l’avons observé - essayèrent de lui barrer la route, le harcelant sans répit. Mais ils furent bousculés et battus en grand nombre, près de la petite ville de Chaumont, au pied du Vuache. - Il y a quelques années, un habitant de Chez-Borgeat, à Savigny, faisant un drainage, découvrit le squelette d’un soldat carthaginois dont la partie en cuivre du fourniment était assez bien conservée.

Après sa victoire, le célèbre général traversa l’Arve à Etrembières, se dirigeant vers la Dranse. De là, il vint, entre Meillerie et Saint-Gingolph, au Locum actuel, où il faillit être anéanti par une peuplade belliqueuse que l’on croît être celle des Nantuates. Mais il put aller à son but.

N’empêche qu’au cours de son équipée en Allobrogie, Annibal perdit une vingtaine de mille hommes, tués, disparus ou déserteurs. Quelques-uns de ceux-ci s’égarèrent au Salève où ils amorcèrent pour leur compte l’exploitation de modestes gisements de minerai de fer qu’ils surent y trouver.

Cent ans après 1e passage de celui qui devait être le vainqueur des Romains sur la Trébie (218), au lac Trasimène (217), à Cannes (216), notre région eut à subir, de la part de ces mêmes Romains, un autre ouragan beaucoup plus terrible.

L’an 126 avant Notre-Seigneur, les Phocéens de Massilia ou Marseille, désireux d’établir leur domination sur les Salvyens ou Salyens, maîtres anciens du pays, demandent l’appui de Rome. Celle-ci ne se fait pas prier longtemps. Elle envoie aussitôt quelques légions commandées par le consul Fulvius Flaccus. Naturellement, les Salyens durent s’avouer vaincus. Mais les Romains n’avaient pas voulu travailler pour le roi de Prusse. Ils s’installèrent à Marseille, ils la soumirent à leurs faisceaux et en firent une ville importante de leur Province d’au-delà des Monts. Ce rêve ou quelque chose de pareil d’avant Mussolini s’était réalisé, l’an 125 avant Notre-Seigneur.

Mis en appétit par ce coup de force - tant il est vrai que l’histoire se répète ! - les Romains, comme Annibal, remontant le Rhône, déclarèrent la guerre aux Allobroges. C’était l’an 122. Des motifs, les loups en ont toujours trouvé pour dévorer les brebis...

La conquête de l’Allobrogie fut consommée, l’année suivante, par Q. Fabius Maximus qui de retour à Rome, obtint, pour cet exploit, les honneurs du grand triomphe. Dès lors, Genève et ses alentours firent partie de la Province romaine transalpine.

Lors de l’irruption des Cimbres et des Teutons - 107 avant Notre-Seigneur - les Allobroges laisseront passer ce flot d’émigrants envahisseurs dont Marius délivra Rome, cinq ans plus tard.

L’an 102, nos ancêtres se soulevèrent contre les Romains. Mais, complètement vaincus à Salon par Promptinus, ils demeurèrent désormais assez fidèles à leurs conquérants.

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Les Romains venus en Allobrogie pour la subjuguer lui apportèrent-ils la civilisation ? - Non, dit avec un certain courage littéraire, Blavignac dans son volume : “ Etudes sur Genève ”, p. 119. Ce peuple cruel, le plus dur, le plus positif de la terre, ne brilla que par une administration dont le mécanisme se résume pas l’adage : “ Qui veut la fin, veut les moyens ” Or la fin voulue, c’était l’asservissement de l’univers.

Rappelons-nous ces vers de La Fontaine dans sa fable : “ Le paysan du Danube ” :

Rien ne suffit aux gens qui nous viennent de Rome

La terre et le travail de l’homme

Font, pour les assouvir, des efforts superflus...

 

Ils pratiquaient dans toute l’ampleur possible, la manière forte.

A ne pas oublier, du reste, que nos ancêtres, les Allobroges, avaient eux-mêmes une certaine culture. Mais leur formation intellectuelle et artistique était plutôt grecque. Ils avaient l’alphabet de cette langue, dit Blavignac, et les œuvres que l’on a trouvées de leur facture témoignent de l’influence hellénique.

Il est permis de se demander comment cela put se produire. La réponse à cette question est assez facile si l’on songe que, au IIIe siècle avant l’ère chrétienne, ils prirent part à une expédition gauloise en Grèce et, 150 ans plus tard environ, ils eurent affaire avec les Phocéens de Marseille. Leur sympathie pour ces Grecs émigrés contribua à les faire marcher dans le sillage de ceux-ci.

Quoi qu’il en soit, les Romains ne se désintéressaient pas de l’Allobrogie qu’ils avaient conquise. Ils y tenaient tellement qu’un beau jour ils vinrent la défendre envers et contre tous.

Voici dans quelles circonstances :

Jules-César (101-44 avant Notre-Seigneur) qui avait un grand renom de stratégiste - et c’était mérité - apprit qu’une invasion d’Helvètes, des cantons actuels de Zurich, Schaffhouse, Appenzell, etc. - plus de 350.000 avec leurs femmes, leurs enfants et leurs meubles sur des chariots - s’était mise en mouvement pour la conquête d’une contrée plus fertile que la leur, Or le célèbre guerrier n’entendait pas leur abandonner la moindre parcelle de la Gaule et pas même de l’Allobrogie.

Arrivés aux portes de Genève, les Helvètes l’y rencontrèrent. Son plan fut vite conçu. D’une part, il commença à les fatiguer par des escarmouches qui les retinrent longtemps ; d’autre part, pour protéger. la vallée du Rhône, il fit exécuter à coups de pioche, de marteau et de truelle, - un véritable travail de Romain - une ligne de résistance, soit une muraille de 10 kilomètres de long et de 5 mètres de haut. Cet ouvrage défensif, suffisant pour l’époque, porte dans l'histoire le nom de “ mur de César ”.

Le peuple migrateur fut ainsi réduit à s’engager dans les âpres cols qui nous séparent de la vallée de la Saône. Puis, au moment où, décimé déjà, il s’apprêtait à passer cette rivière, César l’attaqua, en extermina un grand nombre et contraignit les autres à reculer dans la direction du Rhin.

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Les soldats romains, terrassiers et maçons pour la circonstance, étaient demeurés assez longtemps sur les berges du Rhône, en aval de Genève, afin d’interdire l’accès du fleuve. Ils avaient fait ample connaissance avec ce pays. Il est admis, d’ailleurs, que le “ mur de César ”, dont ils eurent la garde après l’avoir construit s’élevait sur la rive gauche, se terminant non loin du Vuache et du Credo, où se trouvait la clef de la défense, dans les défilés de l’Ecluse.

En ce temps lointain où le métier de soldat était un métier de carrière, on arrivait à y gagner des cheveux blancs et une barbe grisonnante. Du même coup, il arrivait aussi que l’on en eût “ marre ”, selon la pittoresque expression de nos poilus de la grande guerre.

Or César qui, plus d’une fois, fut très dur, l’était moins ou pas du tout à l’égard de ses hommes. Lorsque le casque romain leur pesait trop, lorsqu’ils désiraient passer dans la classe des “ vétérans ”, il leur accordait volontiers quelques lopins d’une terre conquise, avec la consigne de coloniser, de faire fructifier. Et, pour se garantir le plus possible la fidélité de ces colons, il mettait d’ordinaire à la tête de leur exploitation un officier ou un sous-officier dont il était sûr.

Cela semble nous fournir une explication intéressante pour notre coin de terre. Valleiry ne viendrait-il pas de Valeriacum, c’est-à-dire fief de Valerius ? A remarquer que l’ancienne orthographe était Valéry.

Le nom de Valerius fut porté, à Rome, par des personnages d’une certaine envergure. Il y eut Valerius Publicola, l’un des fondateurs de la République romaine, collègue de Brutus, en 509 avant Notre-Seigneur ; au premier siècle de l’ère chrétienne : un poète, Valerius Flaccus et un historien, Valère Maxime.

 Mais le parrain du territoire de Valleiry ou Valéry - j’entends celui qui lui a donné son nom - ne serait-ce pas Caius Valerius, fils de Titus, neveu d’Aulus, tribun militaire de la seconde légion à qui les habitants de la contrée genevoise érigèrent un monument dont l’inscription porte les détails que je viens de mentionner, avec cette autre indication que ce personnage vécut 60 ans, 2 mois et 17 jours ?

Je n’affirme pas, me réservant de le faire lorsqu’il y a certitude. Tout de même, n’est-il pas curieux le synchronisme de ces deux faits : le nom de Valleiry ou Valéry et le nom de Valerius, officier supérieur aimé des Genevois, exalté par eux à une très haute distinction, celle d’une pierre avec inscription attestant leur reconnaissance ? César a pu lui octroyer la terre que nous habitons et d’autres, peut-être encore, avec des redevances : il aurait donné son nom à la nôtre...

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Suivons, par la pensée, la petite colonie des vétérans de Jules-César à l’heure où, sous le commandement de Valerius, elle se met en marche, des bords du Rhône - zone des armées romaines - pour une conquête, celle-ci, toute pacifique.

Dans quel état géologique se trouvait ce pays qu’elle allait cultiver ? Sensiblement pareil à celui que nous avons sous les yeux, au XXe siècle ! La configuration n’a pas changé ! Depuis longtemps, les glaciers, l’eau, l’air, le feu central avaient accompli leur oeuvre

Le sol était stabilisé. De formation sédimentaire, il se composait des derniers dépôts qui s’étaient accumulés avant l’effondrement du glacier dans le Rhône, “ ce Rhône, dit quelque part Paul Claudel, nourri aux mamelles glacées de l ’altitude ”. La mollasse, très utile pour le bâtiment, au temps de la difficulté des transports, l’argile que le cultivateur aimerait à ne pas rencontrer sous le soc de sa charrue, les bancs de gravier assez nombreux ici et là, sont des témoignages de ce lent travail de la nature.

De l’humus couvrit peu à peu, inégalement, les bavures solidifiées du glacier. La couche en est plus profonde le long, des torrents. L’apport s’y est opéré plus actif, moins toutefois que le long des rivières au cours tranquille.

L’œuvre glaciaire achevée, cette terre arable demeura avec une fertilité relative. Il faut reconnaître que, de nos jours, grâce à l’assolement, à la variété de la culture, à l’action du fumier de ferme, de la marne et des engrais appropriés, le sol de Valleiry est beaucoup plus fertile qu’autrefois.

Pour les arbres fruitiers, il était impropre, au temps de la colonisation romaine. Le poirier et surtout le pommier n’aiment pas à tremper les pieds dans l’eau que l’argile retient à sa surface. Mais les essences forestières, généralement, sont moins délicates. Il devait y avoir des bois plus denses et plus spacieux qu’ils ne le sont de nos jours, avec le gibier qui contribuait à agrémenter le menu...

Le gazon et les céréales se contentent d’un minimum d’humus. Sans doute, il y avait donc déjà alors de blondes moissons et de vertes prairies - pas d’une manière uniforme cependant. Car un sol trop maigre ne convient bien ni aux unes ni aux autres. Cette déficience devait se manifester en plus d’un endroit, puisqu’il en reste encore des traces assez marquées.

La première culture du froment, en Gaule, aurait eu lieu chez les Allobroges, quoique certains auteurs en fassent l’honneur aux Belges. Après que Jules-César eut contraint les Helvètes à une retraite désastreuse sur leur patrie d’origine, il donna l’ordre à nos ancêtres de leur fournir une certaine quantité de blé. Le pays en produisait donc assez abondamment.

Il paraîtrait aussi que les Gaulois furent les premiers à mettre le seigle en sillons. Le baron de La Bergerie, dans une brochure sur cette question d’importance secondaire, prétend que cette céréale était originaire du sol de la Gaule. Les Grecs ne l’ont pas connue et les Romains n’en avaient que du dédain. Il est possible que les gens de Valleiry n’y aient pas tenu beaucoup, puisque aujourd’hui encore, leurs descendants n’en sont guère amateurs.

Quant à la vigne, nous pouvons croire qu’elle n’était pas ignorée dans la vallée du Rhône, jusqu’à Sion, en Valais. En effet, à l’arrivée des Romains, il y avait beau temps que Noé, le second père du genre humain, avait fait un copieux usage du jus de la treille. Les vins d’Italie étaient partout appréciés. Si les Allobroges n’étaient pas au courant de cette culture et de la manipulation du raisin, les nouveaux colons ont dû les y initier bien vite.

Du reste, la vigne s’accommode de la terre argileuse. Elle l’enserre de ses minuscules racines et pourvu qu’elle ait du soleil sur la tête, il lui est indifférent ou même agréable de baigner ses pieds dans l’eau. Toutefois, paraît-il, la “ roussette ” n’avait pas encore étalé. chez nous, ses rameaux chargés de grains d’or. Le très sympathique Docteur Bonnier en faisait remonter à l’époque des Croisades l’implantation dans les vallées des Usses et du Rhône. On a dû, quand même, se régaler de bon “ pinard ” sous le ciel de Valleiry, bien plus tôt.

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Mais revenons à notre escouade de vétérans en route pour cette terre de Valleiry, neuve pour eux, et non inconnue.

Ne songeons pas à l’accès par les falaises qui s’appelleraient, plus tard, Matailly. Ces soldats, de retour au “ civil ” avaient trop peiné au “ mur de César ” pour s’attarder à faire sauter à coups de pic, les agrégats de ces côtes abruptes, dernier crachement du glacier.

Ils s’engagent plutôt dans la plaine attrayante du Haut-Chancy, puis escaladent joyeusement la pente tour à tour gazonnée et boisée qui, lui faisant suite, aboutit à La Joux actuelle. Là s’étendait un plateau incliné, assez fertile, qui était devenu leur terre.

Ce plateau était-il habité ? Etait-il cultivé, au moins d’une façon sommaire ? C’est hors de doute. Car, partout et toujours, ce sont les abords des fleuves qui furent, tout d’abord, peuplés, bien avant les contreforts de la montagne. Il n’en est pas autrement, de nos jours, pour les régions lointaines de l’Afrique et de l’Amérique.

De quelle race étaient ces habitants, d’ailleurs peut-être assez clairsemés ? Aryenne, nous l’avons déjà dit : c’est certain ! Si, pour notre bonheur à nous, Hitler avait vécu à cette époque, il leur aurait aisément insufflé le culte des dieux germaniques. En réalité, ces aborigènes, aux confins de la Gaule et du pays du dieu Thor, tenaient de l’un et de l’autre paganisme, mais non du romain.

De Rome, les colons de l’armée de Jules-César apportaient le culte de Jupiter - essentiel pour eux. Ce culte est attesté par plusieurs inscriptions de cette époque, découvertes dans la région genevoise. Blavignac - Etudes sur Genève - en fait l’énumération, pp. 132 à 186. Or Jupiter, an génitif latin, c’est-à-dire au cas grammatical duquel se tire la formation des mets français, se dit : Jovis. D’autre part, le V et l’U se sont souvent confondus et ont été pris, l’un pour l’autre, dans les grammaires latine et française.

L’un des nouveaux venus, le chef, peut-être Valerius lui-même - le plus cultivé d’entre eux - en passant ou se fixant au pays appelé maintenant La Joux, donna à ce territoire le nom du maître des dieux de la Rome païenne : terra Jovis, en français, Joux. D’autres faits similaires permettent de constater que ce nom de Joux ou La Joux - avec ou sans X - fut donné pour indiquer les lieux où une prise de possession en avait été faite par une stèle ou un édicule élevés à Jupiter.

Cette observation corrobore singulièrement l’hypothèse de la colonisation de Valleiry par quelques vétérans de l’armée de Jules-César. Il en jaillit presque une certitude.

Les anciens habitants se résignèrent à leur sort : ils n’avaient pas de moyens de résistance. Puis les deux éléments contractèrent des alliances, vécurent en bonne harmonie et, comme dans toute la France actuelle, il y eut, en Allobrogie une population Gallo-Romaine.

Selon une règle que la littérature a maintes fois Signalée, la langue du vainqueur supplante celle du vaincu ou du soumis par persuasion. Les vieux Allobroges savaient parler avant l’invasion romaine. Ils le firent voir plus d’une fois ! Mais les deux langages n’en firent bientôt qu’un. Ainsi naquit le patois qui, à côté de mots d’origine latine, a conservé plusieurs termes du dialecte du pays. Aux érudits de les discerner !

Jules-César fut assassiné en plein Sénat (44 avant Notre-Seigneur). Sa gloire lui avait provoqué de la jalousie.

La République romaine, bientôt muée en Empire, s’affaiblit de plus en plus, surtout après Dioclétien (284-305 après N.-S.). Elle avait des frontières trop étendues pour pouvoir s’occuper des détails. C’était déjà beaucoup qu’elle fût à l’abri de l’invasion..

Ses postes avancés, multipliés au loin, dans une trop vaste périphérie, se trouvèrent peu à peu abandonnés à leur propre fortune.

Valleiry subit le sort politique et, au contact du christianisme missionnaire, ne tarda pas à prendre l’essor religieux de Genève, son Centre, sa Capitale.

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