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Chapitre II
Le Christianisme en Allobrogie à Genéve, à Valleiry jusqu’au XIIe siècle.
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Jusqu’à l’an 121 avant l’ère chrétienne, nous ne voyons luire sur notre région que de minces filets de lumière qui jaillissent, ici et là, comme par hasard, d’écrits d’auteurs anciens. Pour Genève, ce fut la période lacustre, puis une autre, plus normale, où les Allobroges, en général, se révélèrent, plus d’une fois, avec leurs qualités guerrières. Il en a été déjà question.
La seconde période que l’on peut appeler de domination romaine et de civilisation gallo-romaine, va de l’an 121 avant N.-S. à l’an 422 après. Nous l’avons signalé : il se forma alors un mélange entre la race autochtone et la colonie romaine, jusque dans le langage. Le patois s’élabore, avec une prédominance de mots d’origine latine.
Les hommes du pays prennent part à certaines expéditions et parfois aussi, à des insurrections. C’est ainsi que, vers l’an 60, l’un des chefs de la conspiration de Catilina, Cathégus, demande aux Allobroges un corps de cavalerie.
Mais ce qui est, de beaucoup, le p1us caractéristique de cette époque, c’est la pénétration à Genève du christianisme.
A quelle date exactement ce grand événement eut-il lieu ? Cette question a soulevé les plus vives controverses. Contrairement à l’opinion de ceux qui ferment complètement l’horizon sur tout ce qui est antérieur au IVe siècle, dit Blavignac – – Etudes sur Genève, p. 175 – unie tradition constante place le début de l’évangélisation de cette ville au Ie siècle de l’ère chrétienne, par Saint Nazaire, entre les années 51 et 54.
Saint Nazaire était disciple de l’Apôtre Saint Pierre et compagnon de Saint Lin qui devait être le successeur du premier chef de l’Eglise. Allant d’Italie à Trèves, il passa par Genève, où il s’arrêta quelque temps et fit quelques conversions. Ce fut une étincelle qui s’alluma et s’éteignit presque aussitôt. Cependant entre ceux que Saint Nazaire convertit à Genève, il y eut un jeune homme, du nom de Celse, avec sa mère, Marianille. Celse se mit à la suite de Saint Nazaire et fut martyrisé avec lui, à Milan, sous le préfet Amolin et le règne de Néron.
Les reliques de saint Nazaire, saint Cesse et saint Pantaléon, déposées dans la crypte de Saint-Gervais, à Genève, y étaient jadis l’objet de la plus grande vénération, dit Blavignac, p. 208.
L’Eglise naissante fut dirigée ensuite par les soins de Paracodus ou Parodocus, mort l’an 104, l’un des 72 disciples de Notre-Seigneur, qui vint dans les Gaules, avec saint Denys l’Aréopagite, Après avoir, tout d’abord, gouverné ensemble la petite Eglise de Genève, Denys s’en alla à Paris et Parodocus demeura à Genève. C’est ce que dit Spon dans son histoire de la Ville et de l’Etat de Genève, publiée en 1682.
Une vingtaine d’autres chefs de cette Eglise auraient succédé à saint Nazaire, au temps des grandes persécutions. Mais le flambeau de la vraie foi ne commença vraiment à briller dans niotre capitale de ce temps-là qu’au IVe siècle, avec Domnus qui siégea entre 305 et 313.
Sa préséance ne se manifestait par aucune prérogative ostensible. Il célébrait les Saints Mystères en secret, de peur de s’exposer à fournir des renseignements aux Païens. Alors, pour le même motif, l’on écrivait peu.
Cependant il y avait une église, à Genève, au début du IVe siècle, puisque Domnus obtint, en 305 ou 306, de l’empereur Constance Ier, l’autorisation d’en relever les murs bouleversés sous les empereurs Dioclétien et Maximien.
D’après l’historien Besson, entre 314 et 336, un temple d’Apollon fut purifié et transformé en une autre église.
Julien l’Apostat, qui mourut d’une flèche meurtrière le 26 juin 863, était venu à Genève. On avait témoigné de la répugnance à 1’acclamer empereur. Il se vengea en y envoyant un préfet très dur, Agésilaüs, qui chassa le chef des chrétiens, fit abattre les autels et ordonna de sacrifier aux idoles.
Mais la persécution est un fait précurseur de progrès religieux. L’Eglise de Genève était reconnue officiellement par une loi de l’Empire, l’an 377, sous le Pape Damase Ie et l’empereur Gratien.
Observons, en passant, que c’est aux alentours de cette date, l’an 860 environ, qu’une partie de l’Allobrogie – la nôtre – reçut le nom de Vicus Saponensis, puis de Sapaudia qui devait devenir Sabaudia, la Savoie dont Genève était alors la capitale.
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Selon le témoignage de saint Clément, disciple de saint Pierre, la pratique de l’Eglise primitive, dit Blavignac, p. 147, fut d’opposer sa hiérarchie à celle du sacerdoce païen et d’établir des évêques là où il y avait des pontifes des idoles – dans le but de faire converger sur ses pontifes à elle, l’attention et le respect des peuples.
Le premier Evêque de Genève, publiquement honoré comme tel, fut Diogénès qui prit part au Concile d’Aquilée, en 381. Or, d’autre part, les canons du Concile de Sardique (347) confirmés par ceux du Concile de Laodicée (366), défendaient d’établir des évêchés et d’ordonner des évêques dans les villages et les petites villes. C’est donc que Genève avait déjà une certaine importance.
L’établissement public d’un évêque fut suivi, peu après, d’un autre événement d’ordre politique d’abord et religieux ensuite.
Les Burgondes, peuple de race gauloise, mais fixé en Germanie, depuis un millier d’années, traversèrent le Rhin, en 407, et occupèrent la province Viennoise, de 418 à 416. L’empereur Honorius, par un traité daté de 422, leur céda toute l’Allobrogie.
Ils étaient chrétiens. Leur chef, Gondicaire, avait reçu le Baptême en 417. Dès lors, le Trésor de la province cessa de salarier les prêtres des idoles, comme le faisaient les Romains. Attaqué ainsi dans sa source de vie, le paganisme tomba en décadence et le dernier temple genevois, consacré au culte païen, fut transformé en église, l’an 522. Cette première domination burgonde dura jusqu’en 534.
Mais tout n’allait pas très bien comme dans le meilleur des mondes. Les Burgondes, à peine convertis, tombèrent dans l’hérésie d’Arius qui niait la divinité de N.-S. Jésus-Christ. Gondebaud (463-516) embrassa leurs erreurs et Genève devint le repaire de ces hérétiques. Toutefois, l’archevêque de Vienne, saint Avit, ayant converti le roi Sigismond, leurs efforts réunis parvinrent à extirper de notre pays cette pernicieuse doctrine, ceci entre les années 516 et 522, après le Concile d’Epaone (septembre 517).
A cette époque remonte l’institution des prières des Rogations – œuvre de saint Mamert, archevêque de Vienne (462) – pour demander la protection du Ciel contre des fléaux publics : gelées, tremblements de terre, incursions de bêtes féroces, etc... Le Rituel métropolitain était toujours suivi aussitôt dans les diocèses suffragants. Or Genève dépendait alors de Vienne, après avoir fait partie, quelque temps, de la province ecclésiastique d’Arles.
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Parmi les principaux de ces évêques dont les noms sont restés après Diogénès – le premier reconnu ostensiblement – citons saint Isaac. Saint Eucher, évêque de Lyon, l’indique pour avoir recueilli les restes des Martyrs de la Légion Thébéenne.
Saint Salonius Ier siégeait en 441. C’était un écrivain. On connaît de lui, à la mode du temps, des Dialogues sur les Proverbes et sur l’Ecclésiaste. Salvien, prêtre de Marseille, lui dédia un ouvrage qui traitait de la Providence divine.
Proculianus était évêque en 451. Il souscrit, à Arles, à la Lettre du Pape, saint Léon-le-Grand, au Concile de Chalcédoine, contre l’hérésie d’Eutychès. C’est sous son épiscopat que fut attribuée définitivement à l’archevêque de Vienne la suprématie sur les évêchés de Valence, de Tarentaise, de Genève et de Grenoble.
En 498, le patrice Aurélien vint à Genève demander pour son maître, Clovis, la main de Clothilde, fille de Chilpéric. Cette démarche qui eut pour épilogue le baptême du roi des Francs et la conversion d’un grand nombre de ses guerriers dut se passer sous l’épiscopat de Pallascus.
Sous celui de Domitien Ier, la reine Sœdeleube fait rebâtir une église dédiée à saint Victor, martyr de Nyon, au temps de Dioclétien. Les reliques de ce saint avaient été apportées de Soleure è Genève par la volonté du roi de Bourgogne qui possédait en ce lieu un château.
L’évêque saint Maxime siégea de 518 à 533. Les Acta Sanctorum disent de lui : “ La pureté et la sainteté de ses moeurs ne lui faisaient pas moins d’honneur que l’étendue et la variété de ses talents. Par la prédication de la parole divine, il atteignit la sublimité de l’éloquence ”. L’effondrement du paganisme et la suppression des sacrifices aux idoles furent le principal résultat de son zèle. Toutefois, n’exagérons rien. Il fallut des siècles encore pour que disparût de notre contrée toute trace d’idolâtrie. En 1404, saint Vincent Ferrier, de passage en Savoie, écrivait au Général de l’Ordre des Frères-Prêcheurs une lettre au sujet du culte du soleil, de la part de certains habitants des diocèses de Genève et de Lausanne. Quelques années après saint Vincent Ferrier, en 1418, le Pape Martin V, venu à Genève, de retour du Concile de Constance, ordonna de substituer le monogramme de Jésus – I H S – à la figure du soleil qui surmontait alors les armes de la ville comme un mauvais souvenir demeuré de l’antique Allobrogie.
L’évêque Cariatto siégea de 582 à 585. C’était un officier de Gontram (561-593), roi de Bourgogne et d’Orléans, puis de toute la Gaule, en faveur duquel il avait déjoué un complot destiné à faire placer sur le trône Gondewald. Il signa au second Concile de Valence.
Cet événement et le mariage de Clovis avec sainte Clothilde nous met au seuil d’une autre période de l’histoire de Genève et de ses alentours : celle de la domination des Francs qui dura de 584 à 888.
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Ce qui amena les Francs à Genève, ce fut le meurtre de Chilpéric que son gendre, Clovis, voulut venger sur la tête de Gondebaud, oncle de son épouse. Après avoir battu l’usurpateur à Dijon (500), le roi Franc prit d’assaut Genève, y mit le feu et y incendia également l’église élevée sur les ruines d’un temple d’Apollon.
Gondebaud reprit la ville, mais il ne sut pas la garder. Ainsi les Mérovingiens et ensuite les Carolingiens établirent leur puissance sur le pays qui s’appelait déjà la Savoie. Pépin-le-Bref, fils de Charles-Martel, passa à Genève en 756, à la tête de plusieurs légions, pour aller combattre Astolphe, roi de Lombardie, et délivrer Rome menacée par les Barbares. Dix-sept ans plus tard, Charlemagne choisit Genève pour y tenir un Conseil de guerre, avant d’aller s’opposer à Didier qui avait investi Rome. Il passa par le Mont-Cenis et son oncle, Bernard, par le Mont-Joux.
L’emprise carolingienne fut favorable à la religion chrétienne, sans alliage d’hérésie.
Dans le partage qui précéda, puis suivit la mort de Louis-le-Débonnaire (840), Genève, Lausanne, Sion, la Tarentaise et Belley échurent à son fils aîné, Lothaire. Ce prince céda Genève, Lausanne, Sion et tous les monastères afférents à son frère, Louis-le-Germanique. Après la mort de celui-ci, notre région appartint successivement à Charles-le-Chauve, à Louis-le-Bègue et enfin à ses deux enfants, Louis et Carloman.
La dislocation de l’empire de Charlemagne s’accentuait de plus en plus. Charles-le-Gros, fils de Louis-le-Germanique, ayant été déposé (887) à la diète de Tibur, ses Etats furent divisés en sept grandes provinces parmi lesquelles, celle de Bourgogne Transjurane. Le gouverneur de cette province profita de sa situation pour reconstituer le royaume de Bourgogne.
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Genève connut, dès lors, une seconde domination burgonde, inaugurée par le Comte Rodolphe, devenu roi et mort en 912.
On admet généralement que c’est l’évêque Frédéric (1023-1073), probablement de la famille des Comtes de Genevois, qui reçut, en 1032, de Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne transjurane, le titre de Prince de l’Empire. Quoiqu’il en soit, vers cette date, Les évêques de Genève possédaient le droit de frapper monnaie : ce qui est un attribut de la souveraineté.
Frédéric est le premier évêque dont la signature ait été conservée – ceci, dans un acte qui se trouve aux Archives de Lausanne. Le plus ancien sceau épiscopal est d’Humbert de Grammont, dans un acte de 1124, aux Archives de Genève.
Il y a des historiens qui font remonter à Charlemagne l’investiture politique accordée à l’évêque de Genève. Un fait est certain, c’est que l’évêque Arducius de Faucigny, sacré à Vienne, en 1135, mort le 25 juillet 1185, plaide avec succès à la diète de Spire, en 1154, la cause de l’indépendance de son Evêché, menacée par le Comte de Genevois. L’empereur, Frédéric Barberousse, dans des Lettres patentes, lui reconnaît les droits régaliens, avec le titre de Prince de l’Empire. Et, plus tard, le 7 septembre 1162, il déclare que “ nul n’aura de pouvoir dans l’Eglise de Genève si ce n’est l’Evêque seul ”.
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Si, pour la période qui va du IVe au XIIe siècle, nous avons pu donner quelques précisions sur ce Centre de Genève qui acquérait, de jour en jour, plus d’importance, il est moins facile de découvrir des détails sur ses environs et ses dépendances.
Valleiry n’avait pas, jadis, le renom qu’il a acquis depuis bientôt un siècle. Le chemin de fer l’a fait apprécier et lui a apporté de l’aisance. Les hommes politiques lui ont donné du relief.
D’ailleurs, nous vivons en un temps où la personnalité humaine s’affirme. Chacun sait se mettre en évidence. La facilité des relations et des communications vient encore ajouter à la valeur que l’on peut avoir au village...
Mais il n’y a que cent ans, ces considérations ne s’appliquaient guère à Valleiry. Quoi d’étonnant que nous ne soyons pas documentés davantage sur les origines de la paroisse ? Le Protestantisme a passé, détruisant ou emportant les souvenirs. La Révolution française a jeté du trouble dans les vieux papiers qu’on cachait par prudence et qui, ensuite, se sont égarés. Jusqu’en 1754, nous devrons donc souvent nous en tenir à des aperçus généraux pour ne pas nous exposer à des erreurs. Cependant toutes les fois que nous apparaîtra un renseignement particulier, nous ne manquerons pas de le signaler.
La paroisse fut, d’abord, formée près de l’Evêque, du groupe de fidèles qu’il avait trouvés convertis et de ceux que, la grâce de Dieu aidant, il gagnait, peu à peu, au bercail du divin Pasteur. Dans les débuts de l’Eglise, l’Evêque était tout pour les fidèles. Cependant il avait des aides, prêtres et diacres. Rome, même au temps des Catacombes, était divisée en quartiers confiés à des ministres subalternes. Tous ne pouvaient se réunir dans lesmêmes souterrains pour les Offices, la Messe et les funérailles. C’eût été impossible !
Mais les paroisses ne commencèrent à s’organiser réellement qu’après l’édit de Constantin-le-Grand (313) qui octroya toute liberté aux Chrétiens de paraître au grand jour de s’organiser et de bâtir des églises.
Un écrivain du milieu de ce IVe siècle, Sulpice-Sévère, dit qu’alors, dans les grandes villes, il n’y avait pratiquement plus de païens. Autant pour le bon ordre que pour le soin religieux, les paroisses fonctionnaient, d’une façon essentielle, avec des chefs et une délimitation établie.
Le texte de Sulpice-Sévère ne nous apprend rien sur la campagne. L’origine des paroisses y échappe le plus souvent à l'histoire documentée, aussi bien pour la date que pour le mode de leur fonctionnement.
Sur un point du territoire, se présentaient des conditions favorables à un groupement de Chrétiens. Ils se fixaient en ce lieu, par le fait des circonstances les plus variées. Après leur conversion à la vraie foi, quelques-uns d’entre eux – les plus pieux et les plus influents – cherchaient les moyens de pratiquer leur religion, essayaient d’avoir quelque facilité pour l’éducation chrétienne de leurs enfants. L’Evêque pressenti se prêtait, autant que possible, à ces désirs.
La condition qu’il exigeait, en règle générale, pour l’érection d’une paroisse était que les habitants pussent subvenir, dans une mesure convenable, aux besoins du culte et à l’entretien du prêtre desservant.
Dans les Gaules, la première rencontre d’églises rurales et de débuts de paroisses a lieu dans la province Narbonnaise, à l’aube du IVe siècle. Le Concile d’Arles de 314 y fait allusion. Les paroisses de campagne s’échelonnent le long des voies romaines et des fleuves. Cette constatation faite par Dom Leclereq est intéressante pour l’histoire de Valleiry et laisse supposer que, se trouvant tout près du Rhône et non loin de Genève, la vie chrétienne y fut assez vite florissante.
Après l’abolition du paganisme à Genève, notre sainte religion se répandit rapidement dans les campagnes, dit à son tour Blavignac, p. 241. Saint Avit en fait aussi la remarque dans l’une de ses homélies. Sous le sceptre des rois Burgondes et surtout sous celui des rois Francs, se multiplièrent les lieux de prière et les temples dédiés aux martyrs.
Certains historiens attribuent à l’illustre archevêque de Vienne, saint Avit, la consécration de la basilique de Namasse – aujourd’hui Annemasse – qui était, déjà alors, une bourgade importante, située à l’intersection des voies romaines.
Entre Evian et Lugrin, on découvrit, vers le milieu du siècle dernier, la tombe du jeune chrétien Brovacus, trépassé sous le consulat de Mavurtius (527).
Près d’Amphion, furent trouvés des vestiges d’une chapelle qui semble remonter à la même date. A cette époque, raconte l’évêque Charles-Auguste de Sales, remonte la destruction d’un simulacre consacré à Jupiter, au sommet du Voiron. Le fait eut lieu sous Godésigèle, frère de Gondebaud, lequel régna à Genève de 494 à 500, et sous l’épiscopat de saint Domitien qui mourut l’an 502. Il faut en conclure que, dès la fin du Ve siècle, l’évangélisation des campagnes était en plein essort. De la plaine aux collines, si ce n’est à la cime des monts, Jésus-Christ était adoré. Souvent, les églises ou chapelles, autorisées par l’édit de Constantin-le-Grand, furent bâties sur l’emplacement des édifices cultuels païens qu’on avait abattus ou que l’on transformait. D’autres fois, elles furent érigées sur la tombe d’un saint et surtout d’un martyr. Le culte funéraire qu’on rendait à ce saint noyauta la communauté chrétienne. Ou encore, on se procurait des Reliques et l’église se réclamait du saint duquel ces Reliques avaient été détachées. C’est ce saint qui sera, ensuite, titulaire des biens-fonds possédés par cette église. Il acquiert la personnalité juridique, peut acheter, vendre, échanger. On dira : Eglise Saint-Etienne de Valleiry. C’est grâce à ce saint Patron, c’est sous son vocable et sa protection que la petite église locale est devenue un centre religieux, un organe distinct qui ne se confondra pas avec d’autres.
Toutefois, dans les débuts de cette organisation, l’Evêque est le maître visible des biens appartenant aux églises de son territoire et il n’alloue aux prêtres desservants – simples administrateurs – qu’un modeste traitement prélevé sur les revenus du diocèse. Cette situation matérielle fixe pouvait être préférable à un aléa dépendant de la seule bonne volonté et des ressources précaires des habitants. Celles-ci, du reste, devaient se manifester d’une façon convenable : c’était une condition sine qua non à l’érection de la paroisse. Nous l’avons observé.
Plus tard, l’évêque abandonna, peu à peu, aux prêtres du lieu, la jouissance et la gestion des biens paroissiaux. Par le fait même, il se trouvait dégagé, au moins pour une part correspondante, du souci de leur verser un traitement. C’est dès le VIe ' siècle que se produisit ce changement dans la situation matérielle du clergé rural.
Chaque paroisse commença, dès lors, à posséder des terres en valeur suffisante, et les fidèles offraient, le dimanche surtout, du pain, du vin, de l’huile, de la cire, etc. Le tout ne faisait qu’un pour le culte et ses ministres.
D’autre part, pas plus que les diocèses, les paroisses ne s’identifièrent toujours avec les divisions administratives civiles. Elles cadraient, au contraire, avec les agglomérations – ici, plus vastes, le vicus ; là, de moindre importance, la villa, d’où le nom de village. En d’autres termes– et cela se fait encore de nos jours lorsqu’il s’agit de créer une nouvelle paroisse – le siège de celle-ci était dans un centre qui avait ses limites, son service déterminé et son Patron religieux. A l’époque mérovingienne, un castrum ou un vicus avait à sa tête un archiprêtre qui centralisait, dans son église, le culte pour la périphérie. Les villæ ou villages étaient sous l’autorité, contrôlée par l’archiprêtre, d’un simple prêtre, tantôt résidant, tantôt détaché du centre, pour les Offices et l’administration des Sacrements.
Entre le VIIe et le Xe siècle, le nombre des paroisses s’accrut considérablement, sous l’influence combinée de l’apostolat des moines et des évêques, de la venue de colonies agricoles, de la générosité des seigneurs et notables qui dotaient les nouvelles églises. Ces dotations étaient consignées par écrit, devant témoins. Elles énuméraient les terres, vignes, prés, bois, pâturages donnés à l’église et la nature des charges, dîmes et offrandes. C’est seulement après la rédaction et la lecture de cet acte que l’évêque procédait à la consécration de l’église et son représentant à la cérémonie d’installation canonique du desservant.
Celui-ci devait justifier d’une certaine instruction, savoir lire et commenter les Evangiles et les homélies des SS. Pères. Personne ne pouvait être élevé à la prêtrise avant 30 ans. Sous la féodalité, les serfs n’étaient pas exclus de cet honneur, mais ils devaient avoir été préalablement affranchis. De ce fait, ils avaient plus d’indépendance vis-à-vis du seigneur.
Diverses ordonnances ou capitulaires déclarent le prêtre de paroisse rurale inamovible, sauf dans le cas de grave nécessité. La translation de paroisse à paroisse devait être acceptée par l’intéressé. Ni le seigneur ni l’évêque ne pouvait enlever son office au curé, sans enquête, discussion contradictoire et jugement régulier du Synode.
Tels étaient les règlements des Conciles carolingiens soucieux de maintenir au desservant une certaine liberté d’action et, pour les paroisses, un esprit de suite dans la création, l’administration et la direction des oeuvres.
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